19 février 2026 - 16:00:37
Focus sur… les films étrangers en coproduction
Difficile de faire plus différents que les quatre films en lice cette année pour le René du Meilleur film étranger en coproduction, entre Flow, l’inattendue animation lettone qui a fait le tour du monde, Alpha, le fulgurant nouveau film de Julia Ducournau, Vermiglio, la délicate chronique historico-familiale de Maura Delpero, ou enfin Muganga - celui qui soigne, poignant biopic inspiré de la vie du Docteur Mukwege.
Après avoir marqué les esprits avec Grave et raflé la mise avec Titane, Palme d’Or à Cannes, deux films pour lesquels elle a reçu le Magritte du Meilleur film étranger en coproduction, Julia Ducournau revient avec Alpha, proposition cinématographique toujours aussi entière voire clivante, découverte à Cannes en Compétition en mai dernier. Alpha est une histoire d’amour familial sur fond d’épidémie, celle d’une mère qui tremble aujourd'hui pour sa fille adolescente, quand elle tremblait hier pour son propre frère. Allégorique, plastique, puissamment mélodramatique, Alpha va vite et fort, et multiplie les trouvailles visuelles, comme ces corps minéralisés qui se réifient dans la mort. Le film est produit par Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts pour Frakas Productions, qui a déjà remporté trois fois ce prix, pour les deux premiers films de la réalisatrice donc, mais aussi pour Vincent doit mourir de Stéphan Castang, lauréat en 2024.
Flow, long métrage d’animation de Gints Zilbalodis raconte l’histoire d'un chat qui se réveille dans un univers envahi par l’eau, où toute vie humaine semble avoir disparu. Il trouve refuge sur un bateau avec un groupe d’autres animaux, mais s’entendre avec eux s’avèrera un défi encore plus grand que de surmonter sa peur de l’eau… Une fresque majestueuse qui n’est pas sans rappeler Myazaki, une histoire d’adaptation, de résilience, de solidarité. Flow est une incroyable success story, artistique bien sûr, mais critique et professionnelle aussi. Le film, sélectionné à Cannes dans la section Un certain Regard, a raflé le Prix du Jury et le Prix du Public au Festival d’Annecy, la Mecque du cinéma d’animation, mais aussi le César du Meilleur film d’animation, et cerise sur le gâteau, le Golden Globe et l’Oscar du Meilleur film d’animation, reconnaissances ultimes pour le réalisateur letton. Notons que Flow est également en lice pour le René du Meilleur son. Le film est coproduit en Belgique par Grégory Zalcman pour Take Five, qui avait déjà reçu deux nominations aux Magritte du Cinéma dans la catégorie Meilleur court métrage d’animation.
Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la paix, soigne au péril de sa vie des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo. Sa rencontre avec Guy-Bernard Cadière, chirurgien belge, va redonner un souffle à son engagement. Muganga - celui qui soigne de Marie-Hélène Roux nous plonge au coeur de ce combat, dans l’hôpital de Panzi où le docteur et son équipe ont accueilli des milliers de femmes. Elles arrivent détruites, y sont soignées, mais aussi et surtout, reconstruites, en vue d’une nouvelle vie. Chacune de ces femmes est une survivante, comme l’illustre le parcours de Blanche, incarnée par la comédienne belge Babetida Sadjo, qui décroche une nomination pour le René de la Meilleure actrice dans un second rôle. On retrouve d’ailleurs de nombreux autres comédien·nes belges au générique du film: Joely Mbundu, Yves-Marina Gnahoua, Kody Kim, Jennifer Heylen ou encore Nadège Ouédraogo. Un film fort et d’utilité publique, qui met en lumière le combat d’une vie, coproduit en Belgique par Geneviève Lemal et Florence Bondue pour Scope Pictures, dont c’est la quatrième nomination dans cette catégorie.
Avec Vermiglio, enfin, Lion d’argent à Venise, Maura Delpero livre une chronique familiale naturaliste et délicate en temps de guerre. Vermiglio est le nom d’un village situé dans la région du Trentin. À l’hiver 1944, le village vit au son étouffé de la guerre qui se termine au loin. Lucia, la fille ainée de l’instituteur, tombe amoureuse de Pietro, un mystérieux déserteur. Leur union va bouleverser la vie de la famille, et de la communauté. Chacun va questionner son rapport à la soumission et à la liberté, la légitimité de ses désirs propres, sa place dans un monde qui ne sera plus jamais le même. D’une grande subtilité, le film, servi par une superbe direction artistique et un jeu plein d’authenticité, est traversé en sourdine par la violence des hommes et s’ancre dans l’intime le plus délicat pour toucher du doigt l’universel. Vermiglio est coproduit par Jacques-Henri Bronckart et Tatjana Kozar pour Versus Production, dont c’est la quatrième nomination dans cette catégorie. La société liégeoise avait d'ailleurs déjà remporté le trophée en 2023 pour La Nuit du 12 de Dominik Moll.